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3 avr. 2026

Limiter l’insécurité alimentaire – Planetary Solvency 2026

La chaleur extrême menace les rendements agricoles et la subsistance d’un milliard de personnes. Notre économie et notre survie dépendent entièrement de la Nature qui menacées sur plusieurs fronts.

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Limiter l’insécurité alimentaire – Planetary Solvency 2026

Effets de la chaleur

« Les empreintes de la chaleur extrême sur l’agriculture sont déjà visibles partout dans le monde »

Un rapport de la FAO communique que l’augmentation de la température augmente, nuisant aux rendements agricoles. Ceux ci ont diminué : -7,5 % pour le maïs, -6 % pour le blé par degré supplémentaire. Et ces pertes pourraient encore s’aggraver, jusqu’à -10 % supplémentaires par degré dans les scénarios futurs.

Le Vivant a des seuils de tolérance. Au-delà d’environ 30 °C pour les cultures, 25 °C pour le bétail, les organismes entrent en stress thermique. Ils produisent moins, se reproduisent moins bien, et parfois meurent. Les agricultures oeuvrent dans conditions dangereuses jusqu’à 200 jours par année. Une partie croissante de la Planète est balayée par ces conditions adverses.

Dans les océans, la même logique est à l’œuvre. Les vagues de chaleur marines — de plus en plus fréquentes — provoquent des « événements répétés de mortalité massive » et forcent les espèces à migrer. Ce déplacement des ressources halieutiques n’est pas anecdotique : il déstabilise des économies entières.

La chaleur extrême « menace la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de milliards de personnes» (FAO-WMO).

Les conséquences du climat s’aggraveront rapidement.

Les risques sociétaux

Un nouveau rapport d’actuaires explique les effets possibles d’une aggravation sur nos sociétés. La nature est une infrastructure essentielle dont dépend entièrement l’économie mondiale. Sa dégradation rapide (biodiversité, sols, eau, climat) menace directement l’économie, la sécurité alimentaire, la santé et la stabilité politique.

« La nature n’est pas un luxe ; c’est notre forme la plus fondamentale d’infrastructure critique »

La dégradation des sols, la disparition des pollinisateurs, la raréfaction de l’eau ne sont pas seulement des dommages environnementaux : ce sont des risques pour les chaînes d’approvisionnement, pour les marchés, pour les États. Cette crise est déjà en cours et pourrait entraîner un milliard de morts au cours des 25 prochaines années.

  • Les écosystèmes se dégradent rapidement (forêts, océans, sols).
  • Plusieurs limites planétaires sont déjà dépassées (jusqu’à 7 sur 9 en 2025, voir schéma p.10).
  • Les services naturels (pollinisation, eau, climat) pourraient s’effondrer de manière irréversible.
  • La résistance aux antibiotiques est aussi un grave risque pour la santé, et même la survie des populations.

Il s’agit des risques actuels, croissants et interdépendants. Climat et biodiversité ne s’additionnent pas, ils se renforcent. Une sécheresse fragilise les écosystèmes, ce qui réduit leur capacité à absorber les chocs futurs, ce qui amplifie les effets de la chaleur suivante.

À cela s’ajoute la question des seuils. Certains écosystèmes approchent de points de bascule — des moments où ils changent d’état de manière irréversible. Le rapport parle d’un « territoire inconnu », où les modèles économiques actuels ne sont plus adaptés. Les modèles ne décrivent pas les pires possibilités, tels que l’absence d’eau, de nourriture, ou la mort en masse des consommateurs potentiels.

« Le risque lié à la nature est un risque financier. » « Le risque n’est pas seulement la volatilité, c’est l’irréversibilité. »

Les modèles économiques actuels ignorent largement la Nature. Le rapport la compare à un bilan comptable. Actuellement, la consommation dépasse les possibilités de la Planète et nous creusons une dette écologique. Les risques sont sous-estimés, mal mesurés, et mal intégrés dans les décisions financières.

Recommendations pour les États et institutions:

La durabilité et les risques liés à la Nature devraient être intégrés dans les politiques économiques et de sécurité nationales.

1. Devenir des managers de “solvabilité planétaire”

La nature est la base de l’économie et de la société.

-> Intégrer la Nature dans toutes les décisions (économie, sécurité, finance) et mieux mesurer ses risques.

2. Agir pour la Nature à l’échelle mondiale

Les crises écologiques dépassent les frontières.

-> Une coopération internationale, des actions nationales rapides, et des alliances internationales.

3. Mieux comprendre les risques systémiques

Les décideurs sous-estiment les risques liés à la nature.

-> Analyser ensemble climat + biodiversité et former les décideurs à ces risques complexes.

4. Investir en amont plutôt que réparer

Prévenir coûte moins cher que subir les crises.

-> Investir dans la protection des écosystèmes, la surveillance et la prévention (ex : pandémies).

5. Coopérer entre secteurs économiques

Les problèmes écologiques touchent toute l’économie.

-> Coordonner agriculture, santé, finance et environnement pour anticiper les crises.

6. Mesurer les risques liés à la biodiversité

-> Utiliser des outils mesurer les risques et intégrer ces données dans les décisions financières et réglementaires.

7. Compléter les modèles par des scénarios narratifs

Les modèles économiques classiques sont insuffisants.
-> Ajouter des scénarios qualitatifs pour mieux intégrer l’incertitude et la complexité.

8. Reconnaître le risque systémique

La perte de biodiversité est un risque global majeur.
Elle menace directement la stabilité économique et doit être intégrée dans toutes les décisions.

9. Comprendre les limites des modèles économiques

L’économie sous-estime la valeur de la nature.
Il faut mieux intégrer les services écologiques (eau, pollinisation, climat) dans les calculs.

10. Anticiper les points de bascule

Certains dommages écologiques sont irréversibles.
Les acteurs financiers doivent intégrer ces risques et adapter leurs stratégies dès maintenant.

Pour les acteurs financiers, les actuaires, les décideurs publics, la conclusion est sans ambiguïté : la nature doit être traitée comme une classe d’actifs fondamentale. Cela implique d’intégrer la biodiversité dans les décisions d’investissement, d’aligner les portefeuilles avec les limites planétaires, et d’accepter que certains risques ne soient ni diversifiables ni assurables.

Le coût de l’inaction, lui, ne relève plus de la spéculation. Il se mesure déjà, et augmentera à mesure que les équilibres écologiques se dégraderont. La question n’est plus de savoir si la Nature doit entrer dans les modèles économiques, mais combien de temps nous pouvons encore nous permettre de l’en exclure.

Extreme Heat and Agriculture (2026) FAO – WMO
https://doi.org/10.4060/cd9394en

Planetary Solvency: Tipping into the Wild Unknown (2026)
https://actuaries.org/resources-post/planetary-solvency-tipping-into-the-wild-unknown/